--- title: Délivrabilité des e-mails avec l’IA : éviter le spam description: Comment préserver la délivrabilité des e-mails à l’ère de l’IA. Exigences techniques, règles de contenu et conseils pratiques pour que vos messages arrivent en boîte de réception. date: February 5, 2026 author: Robert Soares category: ai-for-marketing --- Vos e-mails finissent probablement dans les spams plus souvent que vous ne le pensez. Vous ne le voyez pas. Les destinataires ne se plaignent pas parce qu’ils n’ont jamais vu le message. Vous remarquez juste la baisse des taux d’ouverture et vous vous demandez ce qui a changé. Beaucoup de choses ont changé. Gmail a commencé à appliquer des règles d’authentification plus strictes en novembre 2025, en passant des avertissements aux rejets purs et simples pour les expéditeurs en volume qui ne respectaient pas les exigences. Microsoft a suivi avec des règles similaires, effectives en mai 2025. Yahoo a aussi durci ses filtres. L’écosystème e-mail a basculé d’une manière qui punit les expéditeurs qui n’ont pas suivi, et la marge d’erreur est devenue inconfortablement mince. ## Les chiffres racontent une histoire brutale À l’échelle mondiale, le placement en boîte de réception tourne autour de 83–84 %, d’après des [données compilées par MailReach](https://www.mailreach.co/blog/email-deliverability-statistics). Ça veut dire qu’environ un e-mail sur six n’arrive jamais en boîte de réception. Certains sont classés comme spam. D’autres disparaissent simplement, marqués comme « manquants » dans les rapports de délivrabilité, ni livrés ni rejetés. Les écarts entre fournisseurs sont frappants. Gmail est autour de 87 % de placement en boîte de réception. Yahoo tourne autour de 86 %. Les services Microsoft comme Outlook et Hotmail ? À peine 75,6 %, avec des taux de spam au-delà de 14 %. C’est le taux de spam le plus élevé parmi les grands fournisseurs. Et 2025 a d’abord aggravé les choses avant que ça ne s’améliore. [GlockApps a suivi les taux de placement en boîte de réception selon les ESP](https://glockapps.com/blog/updated-email-deliverability-statistics-2025/) et a observé de fortes chutes au T1 2025 par rapport à l’année précédente. Mailgun est passé de 53,8 % à 26 %. Mailchimp de 51,9 % à 32,3 %. Amazon SES de 54,9 % à 40,3 %. Ce n’étaient pas de petits creux. C’étaient des effondrements. Au T4, ça s’est partiellement redressé, surtout chez les expéditeurs à gros volume. Le placement en boîte de réception sur Gmail pour les expéditeurs au-delà d’un million d’e-mails par mois a bondi de 20 % par rapport aux trimestres précédents. Mais le message était clair : le filtrage est devenu plus agressif, et seuls ceux qui se sont adaptés ont prospéré. ## L’authentification n’est plus facultative Trois protocoles d’authentification déterminent si vos e-mails passent. SPF, DKIM et DMARC. Si ces acronymes ne vous disent rien, il est temps qu’ils vous disent quelque chose. Le SPF indique aux serveurs de réception quels serveurs de messagerie ont le droit d’envoyer des e-mails au nom de votre domaine. DKIM ajoute une signature cryptographique qui prouve que l’e-mail n’a pas été modifié et qu’il vient bien de vous. DMARC s’appuie sur les deux, en indiquant aux destinataires quoi faire quand l’authentification échoue : rejeter, mettre en quarantaine, ou laisser passer malgré tout. Depuis 2025, les grands fournisseurs exigent les trois pour les expéditeurs en volume. Google et Yahoo les ont rendus obligatoires pour quiconque envoie plus de 5 000 e-mails par jour. [Microsoft s’y est ajouté en mai 2025](https://easydmarc.com/email-authentication-for-google-yahoo-microsoft), en précisant explicitement que le courrier non conforme serait rejeté purement et simplement, pas seulement envoyé en indésirables. L’impact de la conformité est mesurable. Les expéditeurs entièrement authentifiés ont 2,7 fois plus de chances d’atteindre la boîte de réception que les expéditeurs non authentifiés, d’après les [données de référence de Validity](https://www.validity.com/resource-center/2025-email-deliverability-benchmark-report/). Un [commentateur sur Hacker News](https://news.ycombinator.com/item?id=39888383) l’a dit crûment : "Google states that the new requirements are mandatory only when you send at least 5000 messages per day. This is a lie." En pratique, les petits expéditeurs se font filtrer eux aussi. Les seuils sont des lignes directrices, pas des garanties. ## La réputation de domaine compte plus que vous ne le croyez L’authentification vous ouvre la porte. La réputation décide si on vous laisse entrer. Les fournisseurs de messagerie suivent votre comportement d’envoi dans le temps. Un taux de rebond élevé vous fait mal. Les plaintes pour spam vous détruisent. Un faible engagement ronge silencieusement votre réputation. Un domaine à mauvaise réputation finira en spam même avec une authentification parfaite. Le [PDG de MailChannels a expliqué la dynamique](https://news.ycombinator.com/item?id=37179081) sur Hacker News : "if you send email from your own IP, it doesn't take much for a receiver to pull the trigger and block you." Les IP partagées offrent un peu de protection via la diversité des volumes, mais la réputation de votre domaine vous suit, quelle que soit l’infrastructure. Un nouveau domaine doit être monté en régime. Vous ne pouvez pas acheter un domaine aujourd’hui et envoyer 50 000 e-mails demain. Commencez avec 20 à 50 envois par jour, puis augmentez progressivement sur plusieurs semaines. Envoyez d’abord à des abonnés engagés. Construisez des signaux positifs avant de tester la patience du système. Même logique pour les adresses IP. La réputation suit le comportement, et les pics soudains de volume déclenchent une surveillance. Une [observation pratique d’un utilisateur HN](https://news.ycombinator.com/item?id=22356390) : "The mistakes can be numerous: bad setup like broken DKIM, bad sending parameters like opening too many connections by IP to a given provider." ## Les plaintes pour spam tuent plus vite que tout le reste Google et Yahoo exigent des taux de plaintes pour spam en dessous de 0,3 %. L’objectif idéal est sous 0,1 %. Soit une plainte pour mille e-mails. Pour une liste de 10 000 personnes, vous avez 10 plaintes avant que les problèmes ne commencent. Pas beaucoup de marge. Les plaintes viennent de contenu non pertinent, d’e-mails inattendus, d’une fréquence qui ne correspond pas aux attentes, et de désinscriptions pénibles. Elles viennent aussi d’objets trompeurs, là où la création assistée par IA peut provoquer des dégâts sans le vouloir. Une [discussion Hacker News sur la délivrabilité](https://news.ycombinator.com/item?id=22356381) a bien capté la nuance. Un utilisateur a noté : "It should be 1 click, with links at the top and bottom of the message. Do it in real-time, not in '24-72 hours.'" Chaque friction dans la désinscription augmente la probabilité que quelqu’un clique sur « spam ». ## Contenu IA et course aux armements des filtres anti-spam Les e-mails générés par IA créent de nouveaux problèmes. Le contenu peut déclencher des filtres, et l’échelle que l’IA rend possible amplifie chaque erreur. Une étude du [journal ScienceDirect sur la sécurité des e-mails et l’IA](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0957417425006669) a constaté que 82,6 % des e-mails de phishing analysés entre septembre 2024 et février 2025 contenaient du contenu généré par IA. Les filtres anti-spam le savent. Ils s’entraînent à le détecter. Gmail et Microsoft utilisent désormais de grands modèles de langage pour repérer un ton artificiel, des motifs répétitifs et des gabarits produits en masse. L’efficacité qui rend l’IA attrayante pour écrire des e-mails rend aussi le contenu IA plus facile à identifier à grande échelle. Un [fil Hacker News sur les e-mails de prospection générés par IA](https://news.ycombinator.com/item?id=40862865) a fait remonter une observation parlante. Un commentateur a souligné : "People who detected AI génération likely just didn't bother replying to the sender." L’absence de plaintes ne veut pas dire absence de détection. Conséquence pratique : faites varier la production de votre IA, éditez pour rendre chaque message unique, évitez d’envoyer des milliers d’e-mails avec des structures identiques. Le contenu IA qui ressemble à un modèle est traité comme un modèle. Et les modèles déclenchent les filtres. ## Le contenu qui passe Au-delà des risques spécifiques à l’IA, certains schémas de contenu posent régulièrement problème. Trop de points d’exclamation déclenchent des filtres. Les mots en MAJUSCULES aussi. Des expressions à forte connotation spam comme "FREE", "URGENT" et "LIMITED TIME" n’ont pas perdu leur réputation. Trop de liens suscitent la méfiance. Un mauvais ratio texte/image, surtout les e-mails uniquement en image, est signalé. Les objets comptent de manière disproportionnée. D’après une [étude Omnisend](https://www.omnisend.com/blog/email-marketing-statistics/), 69 % des utilisateurs signalent un e-mail comme spam sur la seule base de l’objet. Ils n’ouvrent même pas le message avant de décider que c’est du courrier indésirable. Une [discussion HN sur la délivrabilité](https://news.ycombinator.com/item?id=22356390) a fait une distinction importante : "Most spam signals are based on behavior and reputation rather than content. Gmail in particular is capable of reclassifying messages." Mais le contenu compte quand même, surtout chez Microsoft. Le même fil notait : "Outlook seems to pay significant weight to the content of the email, possibly as much as or even more than the sender." ## Tester avant d’envoyer Mesurer la délivrabilité correctement est étonnamment difficile. Un [utilisateur Hacker News a mis le doigt sur le problème central](https://news.ycombinator.com/item?id=38797428) : "if you test deliverability on email accounts where you have already whitelisted the sender, of course it's going to look like email is delivered." S’auto-tester avec des comptes qui ont déjà répondu à vos e-mails ne vous apprend rien sur l’expérience des nouveaux destinataires. La même discussion donnait une solution de contournement pratique : "I initially got placed in spam too in Gmail/Outlook but I always replied to my own emails and marked them as 'Not Spam.'" Ça entraîne les filtres pour des comptes individuels, mais ça ne reflète pas la délivrabilité à grande échelle. Un test sérieux nécessite des comptes « seed » chez les grands fournisseurs, des comptes qui n’ont jamais interagi avec votre domaine auparavant. Des outils comme GlockApps et MailerCheck font ça. Google Postmaster Tools montre la réputation de votre domaine spécifiquement pour Gmail. Microsoft SNDS couvre Outlook et Hotmail. ## Volume et cadence L’IA rend l’envoi de plus d’e-mails plus facile. Ce n’est pas toujours une bonne nouvelle. La capacité de générer 300 e-mails personnalisés par commercial et par jour existe maintenant. Mais l’infrastructure et la réputation doivent monter en charge avec le volume. Un domaine monté en régime pour 100 envois par jour va peiner à 1 000. Une nouvelle IP qui encaisse soudainement un gros volume ressemble exactement à une opération de spam. Montez en charge délibérément. Suivez vos métriques à chaque palier de volume. Faites marche arrière au premier signe de problème. Le [plafond recommandé pour la prospection « cold email » tourne autour de 100 envois par jour et par boîte](https://www.mailreach.co/blog/cold-email-deliverability-sending-strategy). Les e-mails marketing envoyés à des abonnés opt-in peuvent monter plus haut, mais même là, une hausse progressive bat une montée agressive. Les fournisseurs surveillent la vitesse d’envoi. Ils voient quand les habitudes changent. ## L’hygiène de liste protège tout le reste La qualité de votre liste détermine votre plafond. Retirez les contacts qui n’ont pas interagi depuis six mois. Ils tirent vos métriques vers le bas sans créer de valeur. Faites de la validation avant les grosses campagnes pour détecter les fautes de frappe dans les domaines, les adresses temporaires et les pièges à spam connus. Les rebonds « hard » doivent être supprimés immédiatement. Les rebonds « soft » doivent être surveillés. Les [listes achetées sont le chemin le plus rapide vers le désastre](https://www.warmforge.ai/blog/cold-email-deliverability-guide-2025). Elles contiennent des pièges à spam par conception, des adresses créées spécifiquement pour attraper les mauvais expéditeurs. Un seul achat peut faire plonger une réputation de domaine construite sur des années. Le double opt-in ajoute de la friction à l’inscription, mais garantit des abonnés valides et engagés. Ici, la friction est une fonctionnalité quand l’alternative est une liste polluée par de mauvaises adresses. ## La récupération prend du temps Même les expéditeurs prudents rencontrent parfois des problèmes de délivrabilité. Le diagnostic commence par les rapports de rebond, les sources de plaintes pour spam, les échecs d’authentification dans Postmaster Tools, et les vérifications de présence sur des listes de blocage. MX Toolbox peut indiquer si vous avez atterri sur une blocklist. La liste en question détermine le processus de retrait. Une réponse immédiate, c’est mettre en pause les envois vers les segments affectés, corriger les problèmes d’authentification, supprimer les adresses problématiques ajoutées récemment, et réduire drastiquement le volume. Ensuite, reconstruire en envoyant uniquement aux abonnés très engagés, en réduisant la fréquence, puis en augmentant progressivement à mesure que les métriques s’améliorent. Les délais de récupération varient de quelques semaines à plusieurs mois selon la gravité. Un [commentateur Hacker News a résumé la difficulté](https://news.ycombinator.com/item?id=39888383) : "getting good deliverability is hard and it doesn't make sense to try it unless you are delivering email on behalf of a large amount of people." Pour tous les autres, l’effort consiste davantage à maintenir ce qui marche qu’à se remettre de ce qui a cassé. ## Ce que ça implique pour vous L’écosystème e-mail est devenu plus strict parce qu’il le fallait. Le spam généré par IA a forcé les fournisseurs de messagerie à renforcer leurs défenses. Les expéditeurs légitimes pris dans le feu croisé doivent s’adapter. L’authentification est le minimum syndical. La réputation de domaine se joue sur le long terme. La qualité du contenu, c’est le travail continu. Et la gestion des volumes, c’est là que la plupart des expéditeurs dopés à l’IA trébuchent. La bonne nouvelle enfouie dans les statistiques 2025, c’est que les expéditeurs qui se sont adaptés ont vu des améliorations en fin d’année. Les expéditeurs à fort volume avec une authentification correcte ont enregistré des gains à deux chiffres de placement en boîte de réception au T4. Les filtres récompensent la conformité. Pour une mise en œuvre concrète, l’article associé sur [AI for email marketing](/blog/AI-For-Email-Marketing-What-Works) couvre le volet génération de contenu. La question que cet article pose, c’est de savoir si l’infrastructure en dessous peut encaisser ce que l’IA rend possible. La plupart des problèmes de délivrabilité ne s’annoncent pas. Ils se manifestent par des taux d’ouverture qui baissent lentement, des campagnes qui marchaient et ne marchent plus, et un écart qui se creuse entre « envoyés » et « livrés ». Repérer ce glissement tôt compte plus que le corriger tard.